La peinture sur céramique: un savoir-faire particulier de plus en plus rare

 

Dans le cadre du Salon International du Patrimoine Culturel, Perles d'Histoire a interviewé José Luis Estébanez, peintre et graveur sur céramique sur le savoir-faire.

 

 

  1. Pouvez vous présenter votre parcours: quelle est votre formation, ce qui vous a incité à continuer dans la voie de l'artisanat ?

 

Je me suis formée à l'Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg en peinture puis, pour découvrir le métier ainsi que par curiosité, je suis parti en Espagne dans une manufacture de céramique de Bidasoa. C'est là que naît ma véritable passion pour ce qui est mon métier aujourd'hui: la peinture sur céramique.

 

 

  1. En 1980, vous arrivez à Paris et vous entamez des recherches pour retrouver et maîtriser les techniques du 18ème et 19ème siècle; quelles ont été vos sources d'investigation? Comment vous y êtes vous pris ?

 

En arrivant à Paris, j'ai d'abord étayé mon savoir-faire et ma technique en allant visiter des musées pour découvrir tout ce qui existait dans le métier. J'ai passé beaucoup de temps à la manufacture de Sèvres, véritable institution des savoir-faire en la matière. Je me suis également consacré à l'observation des oeuvres de la section Céramique au Louvre ainsi qu'au musée des Arts Décoratifs de Paris. C'est en observant, en lisant, que j'ai acquis mon style et ma technique et que je me suis perfectionné. L'observation est un atout primordial pour mon activité, c'est ce qui m'aide à me réaliser et à réaliser mes oeuvres.

Les référentiels de compétences ( la manufacture de Sèvres et son musée en sont remplis) sont aussi des outils indispensables qui m'ont servis et qui me servent toujours. L'approche un peu naïve que j'avais dans mon travail au début de ma carrière s'est donc peu à peu atténuée pour aboutir à un travail plus mûr et professionnel.

Mon apprentissage est passé par tous ces lieux qui ont été les moyens de faire grandir ma technique ainsi qu' une source d'inspiration.

 

 

  1. Qui sont vos principaux clients ? Des particuliers ? Des entreprises ? Avez vous des commandes provenant de l'étranger ?

 

Je travaille rarement directemment pour les clients finaux. Mes interlocuteurs sont les décorateurs et les galeries d'art. J'ai beaucoup de commandes qui viennent de l'étranger : le Moyen-Orient et la Russie notamment qui sont de très gros acheteurs.

Mes clients recherchent du haut de gamme, des objets de luxe, une qualité exceptionnelle pour les Arts de la table.

Je fais beaucoup de vases, de services de table, et je suis parfois étonné d'apprendre que mon travail fini sur la table de certaines cours Royales.

 

 

  1. A quelles problématiques devez vous faire face actuellement ?

 

Je suis artisan d'art depuis plus de 30 ans maintenant, au début de ma carrière je ne faisais pas particulièrement de haut de gamme, je faisais de la peinture sur porcelaine, mais nous étions très nombreux. Pour me démarquer, j'ai dû me positionner sur des réalisations haut de gamme.

Aujourd'hui, il y a de moins en moins d'artisan dont l'exigence est très élevée et haut de gamme, il faut toujours aller vers l'originalité, l'innovation, sinon c'est fini.

C'est très rude de gérer la concurrence et de naviguer dans la crise économique tout en ayant assez d'imagination et d'inspiration pour satisfaire nos clients. La difficulté est aussi de connaître et de sentir les besoins des clients pour que notre inspiration ne soit pas en total décalage avec leurs attentes. Il faut être au fait de la tendance.

Comment vous faites vous connaître actuellement ?

Je n'ai pas trop besoin de me faire connaître, j'ai beaucoup de clients voir trop, avant je faisais beaucoup de salons ( Maison et Objets etc..) maintenant je ne fais plus que le Salon International du Patrimoine Culturel.

 

  1. Considérez vous que votre génération est celle de la dernière vague chez les décorateurs de porcelaine?

 

Oui complètement, c'est une profession complètement anachronique avec notre temps. Un projet peut demander beaucoup de temps (200 h de travail pour un grand vase), il faut de l'effort, une ligne de qualité irréprochable, de l'exigence. Aujourd'hui avec les techniques industrielles les gens font plus d'argent et plus vite, les sources d'inspiration, la rareté, la qualité, sont complètement dévoyés par certains décorateurs. Le métier a été vulgarisé et la technique, les savoir-faire ont une immportance toute relative.

Aujourd'hui la manufacture de Sèvres est un des rares lieux à honorer le savoir-faire, leur production est irréprochable.

 

 

  1. Par quels moyens archivez-vous ou conservez-vous votre savoir-faire ? Utilisez-vous des référentiels de compétences ? Comment transmettez-vous vos compétences?

 

Maheuresement je n'archive pas mon savoir faire, je ne le conserve pas. Les seuls témoins en sont les objets que je fabrique. Je n'ai que trop peu de temps pour référencer mes techniques, je n'ai pas d'apprentis, je travaille seul. Former des gens me prendrait beaucoup de temps et d'argent.

 

 

  1. Vous proposez des stages dans le cadre de votre activité. A qui s'adresent ils ? Amateurs, jeunes étudiants ? Arrivez vous à transmettre vos techniques ?

 

J'ai effectivement proposé des stage à des amateurs, mais je ne le fais presque plus par manque de temps.

 

 

  1. Un mot sur le Salon International du Patrimoine Culturel ?

 

Je participe au salon du patrimoine en tant qu'exposant depuis 3 ans. Je rencontre beaucoup de clients pendant ce salon. J'en profite aussi pour montrer et expliquer mon travail.