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A l'occasion du Salon International du Patrimoine Culturel, Perles d'Histoire a interviewé Serge Nicole, le président du salon et des Ateliers d'Art de France.
1/ Quelles sont les nouveaux enjeux auxquels doivent faire face les artisans d'art en France ?
Le principal enjeu auquel doivent faire face les artisans d’art aujourd’hui en France, est le transfert des savoir-faire vers la Chine et l’Inde, laissant les ateliers dans des difficultés immenses : perte des marchés et des réseaux de distribution habituels entraînant la recherche de nouveaux marchés « de niche » ou « artistiques », forcément plus limités et moins rémunérateurs. Jusqu’alors les débouchés traditionnels des artisans d’art permettaient l’équilibre économique en assurant une régularité des commandes de l’atelier, indispensable au maintien vivant des savoir-faire très spécialisés.
L’autre enjeu auquel les artisans d’art doivent faire face, est la transmission de leur savoir-faire dans ce contexte difficile. La transmission a toujours été, dans cette communauté de savoir-faire rares, un enjeu majeur. Cependant, les circonstances dévastatrices de la mondialisation sur leur économie rendent cette transmission encore plus aléatoire. Une transmission de savoir-faire qui n’a pu s’opérer est difficilement réversible et entraîne à la fois des pertes économiques et culturelles pour le pays. La disparition de savoir-faire non transmis, en particulier, place l’industrie du luxe qui n’a pas su aider à la préservation des ateliers qui lui sont indispensables devant une pénurie des métiers disponibles accentuant encore le transfert des savoir-faire hors de France.
Afin de répondre à ces enjeux, Ateliers d’Art de France, le syndicat professionnel des métiers d’art, met en œuvre deux types d’actions collectives.
D’une part, des actions de valorisation globale du secteur auprès des pouvoir publics, auprès du public et des professionnels eux-mêmes, visant à faire prendre conscience, aux institutions et à la société entière, de la situation et ses conséquences. Pour cela et afin de mieux cerner les contours du secteur, Ateliers d’Art de France, a créé son Observatoire en 2006, qui produit tous les deux ans une étude statistique réalisée auprès d’un panel d’artistes et d’artisans d’art représentatifs.
Nous participons également à la structuration globale du secteur et à sa représentation auprès des pouvoirs publics en fédérant les initiatives, organisant des plates-formes d’interpellation et des actions de coopération avec nos homologues des autres professions.
Ateliers d’Art de France est ainsi à l’initiative de l’Union professionnelle des Métiers d’Art, collectif d’organisations professionnelles et de la charte internationale des Métiers d’Art.
Ces actions de représentation sont soutenues par une politique forte de communication et d’événementiel visant à renforcer l’image et la notoriété du secteur vivier de talents extraordinaires.
Aeliers d’Art de France, à l’origine des Circuits céramiques s’est associé aux Musée des Arts décoratifs et à Sèvres – Cité de la Céramique afin de révéler au public la richesse de la création contemporaine.
Notre stratégie est de multiplier les partenariats et coopérations avec les acteurs associatifs, les écoles, les institutions pour renforcer la visibilité des métiers d’Art.
Cette stratégie est soutenue auprès du grand public et des professionnels par la diffusion du magazine Ateliers d’Art qui fêtera bientôt son 100ème numéro. Il permet, à travers des analyses et des dossiers concernant l’ensemble du secteur, de fournir des repères sur les évolutions de ce secteur et d’agir sur son image.
Nous développons également des événements grand public, expositions et salons, à Paris et en régions comme le Salon International du Patrimoine Culturel, le Salon des Créateurs et des Ateliers d’Art ou encore Hors Série.
Copropriétaire du Salon Maison&Objet, la chambre syndicale y représente à chaque session les quelques 250 professionnels des métiers d’art qui exposent sur le salon. Nous avons mis en place au cœur de Paris, des lieux qui offrent une visibilité aux métiers d’art. La Galerie Collection, située dans le Marais, est l’écrin des arts décoratifs contemporains. Les boutiques Talents présentent une sélection d’objets tendance de créateurs et lieu de « sourcing » pour les prescripteurs. l’Atelier au Viaduc des Arts, quant à lui, accueille des artistes pour des démonstrations de savoir-faire et des rencontres. La spécificité de chacun de ces espaces permet de toucher un public varié.
2/ Les artisans d'art se sentent plus artistes qu'artisans, n'y-a-t-il pas un risque de perte en compétences ? Ou au contraire pensez-vous que cela favorise l'innovation ?
Ce phénomène que vous évoquez, touche effectivement l’ensemble de notre communauté. Il correspond à la recherche de nouveaux équilibres économiques, déjà cités précédemment, où les artisans d’art s’orientent vers le marché de l’art. Ils y recherchent autant une nouvelle reconnaissance publique suite à la désorganisation des marchés, que la création de nouveaux débouchés.
Cela correspond aussi à une tendance actuelle de l’art contemporain, où, les artistes viennent se ressourcer au contact de la matière et des savoir-faire.
Le risque est bien sûr, une limitation du nombre des ateliers potentiellement concernés par ce nouveau marché. Combien d’ateliers pourront survivre dans cette économie qui n’est pas la leur ?
Cependant, cette tendance favorise également l’innovation et la mise au jour de nouvelles formes sociales, qui est une caractéristique intemporelle de cette communauté des artisans d’art.
3/ 80% des artisans d'art ont plus de 40 ans, à quoi est-ce dû ? Vieillissement de la population des artisans ou choix tardif de la profession ? Comment rajeunir cette population ?
Tout d’abord, nos métiers font l’objet d’un phénomène de reconversion très fort de la part des cadres supérieurs. Lassés de leur carrière, ils se tournent tardivement vers les métiers d’art. La Pépinière d'Ateliers d'Art de France, créée en 2009, accueille ces jeunes entreprises issues des métiers d’art ayant moins de cinq années d’existence. L’objectif est de leur permettre de passer le cap délicat du démarrage de leur activité, en leur donnant les outils nécessaires pour se fortifier.
De plus, ces dernières années, l’âge moyen de nos adhérents ne cesse de diminuer ! Les indicateurs de l’Observatoire d’Ateliers d’Art de France nous prouvent que, certes 30 % de nos adhérents ont entre 40 et 50 ans mais environ 20% ont moins de 40 ans, ce qui n’est pas négligeable et tire la moyenne d’âge vers le bas.
Forts du constat que nos métiers attirent les jeunes, nous encourageons l’avant-garde de la création, par notre Concours Jeunes Créateurs. Il permet chaque année de soutenir une douzaine de graines de talents qui se lancent dans les métiers d’art, en leur offrant d’exposer sur le Salon Maison&Objet : une première reconnaissance de leurs pairs et une visibilité internationale ! Les lauréats sont ainsi propulsés sur le devant de la scène grâce au tremplin extraordinaire que représente le premier salon professionnel de la décoration. Nous découvrons avec émotion ainsi chaque année de jeunes artistes qui ont de l’or dans les mains ! Je vous invite d’ailleurs à les rencontrer lors du prochain salon Maison&Objet de septembre.
Nous nous engageons également aux côtés des Ecoles, avec lesquelles nous multiplions les partenariats dans le but de créer des passerelles entre professionnels et élèves, notamment par le biais de prix, de parrainages et d’échanges. Il est primordial pour les artisans d’art de maintenir ces liens, cette volonté affichée de transmettre le savoir-faire tout en restant accessible et de conforter les élèves dans leur choix.
Grâce à ces actions, nous rendons compte de la réalité et de la vitalité de ce secteur en pleine recherche d’une nouvelle forme d’existence sociale et d’un nouvel équilibre.
4/ Comment valorisez-vous et transmettez-vous les savoir-faire au sein d’Ateliers d'Art de France?
Ateliers d’Art de France réunit l’ensemble des métiers d’art (liste des 217 métiers d’art définis par le décret Dutreil) : ébénistes, forgerons, céramistes, orfèvres, sculpteurs, souffleurs de verre, marqueteurs, joailliers et créateurs de bijoux, bronziers, mosaïstes, tourneurs, laqueurs, vanniers, dinandiers, lissiers, créateurs textile, sculpteurs sur papier, sérigraphistes, modistes, brodeurs, luthiers…
Les actions de promotion collectives menées par la chambre syndicale (le Festival International du film sur l’Argile et le Verre, le magazine, la galerie, les boutiques, les salons etc.) participent à la constitution d’une communauté et à la prise de conscience du secteur économique, social et culturel qu’elle représente. Ces leviers permettent de structurer sa capacité à faire entendre sa voix auprès du public et des institutions afin de présenter collectivement et faire avancer ses problématiques. Ainsi, nous proposons à nos adhérents une gamme très étendue de services, des formations collectives et individuelles et du conseil personnalisé afin de les aider dans leur développement.
Nous mettons à leur disposition des espaces tels que les boutiques Talents, la Galerie Collection ou encore l’Atelier au Viaduc des Arts. Nous renforçons également leur visibilité grâce à un réseau de salons en France, auxquels ils peuvent participer à des conditions préférentielles (Maison&Objet, le Salon International du Patrimoine Culturel, le Salon des Créateurs et des Ateliers d’Art…).
Plus spécifiquement, nous proposons à nos adhérents des résidences d’artistes afin d’échanger leurs savoir-faire avec des professionnels sur les cinq continents !
Enfin, nous sommes très sensibles à la dimension internationale, c’est pourquoi nous offrons aux entreprises métiers d'art ayant un courant d'affaires à l'export, l'opportunité de participer à des salons majeurs du secteur cadeau et décoration, à l'étranger. Le partenariat noué avec Ubifrance, l'Agence Française pour le Développement International des Entreprises, permet aux entreprises de bénéficier du soutien de l’État.
De même, afin d’accroître la force collective de notre communauté et de promouvoir l’image du secteur, nous sommes à l’origine de la création de la Charte Internationale des Métiers d’Art. Cette charte définit le périmètre et la carte d’identité des métiers d’art et permet ainsi de jeter les bases d’une coopération opérationnelle et politique entre homologues nationaux, européens, et internationaux.
5/ Par quels moyens l'État intervient-il dans l'aide à la valorisation des métiers d'art, et la transmission des savoir-faire?
Ateliers d’Art de France est une structure syndicale, principale organisation professionnelle du secteur. Ces dernières années, nous avons développé un ensemble de partenariats avec l’Etat de manière à accompagner les entreprises et à œuvrer à la structuration et à la visibilité du secteur.
Ainsi, nous sommes le partenaire professionnel exclusif des Journées des Métiers d’Art qui sont la principale initiative de l’Etat en faveur de la promotion de l’image des métiers d’art en France. Ces Journées des Métiers d’Art sont portées par l’INMA, Institut National des Métiers d’Arts, association interministérielle, dont Ateliers d’Art de France occupe le poste de Secrétaire Général. Ces journées sont devenues une manifestation nationale, un rendez-vous incontournable pour soutenir un secteur au fort potentiel économique, social, culturel et humain.
Le Salon International du Patrimoine Culturel, dont nous sommes propriétaires, est un autre exemple de cette synergie. La présence de présence et le partenariat du Ministère de la Culture et de la Communication et du Secrétariat d’Etat au Commerce et à l’Artisanat témoignent de l’importance de la manifestation dans la vie patrimoniale et culturelle.
6/ Quelles sont vos attentes pour l'édition de ce Salon International du Patrimoine Culturel 2011 ?
Cette prochaine édition, la troisième organisée par Ateliers d’Art de France, sera un rendez-vous essentiel pour la vie patrimoniale et culturelle. Elle permettra de sensibiliser autant le public que les institutions aux richesses culturelles d’une ville, d’une région ou d’un pays.
Le thème de cette année : « Le patrimoine dans la ville » sera l’opportunité d’aborder les questions liées au patrimoine architectural et mobilier à travers les villes. Ainsi, le salon rendra compte des enjeux culturels et touristiques de la valorisation des centres historiques, des actions conjuguées des collectivités et institutions culturelles qui participent à la protection de cet héritage ainsi que des réalisations patrimoniales, fruits d’un travail commun entre architectes, entreprises du bâti et métiers d’art. Vous retrouverez un programme dense de conférences et de rencontres animées par des spécialistes qui permettra d’aborder toute l’actualité du patrimoine et de présenter les réalisations liées au patrimoine dans la ville.
Je tiens également à vous préciser que pour sa 17ème édition, le salon sera résolument tourné vers le grand public afin d’être encore plus proche des 20 000 visiteurs qu’il accueille chaque année. Un vaste espace dédié aux démonstrations mettra à l’honneur les artisans dotés d’un savoir-faire d’exception qui « font le patrimoine » d’aujourd’hui. Ce spectacle fascinant de démonstrations de savoir-faire vous permettra d’observer les professionnels à l’ouvrage.